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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

5e Chambre correctionnelle17 décembre 2014
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J’ai beau ne venir que de manière occasionnelle au Palais de justice, n’avoir aucune statistique sur les affaires en cours, je constate que les poursuites pour violences volontaires sur les femmes sont fréquentes, avec cette circonstance aggravante que ces violences sont le plus souvent commises par leurs conjoints ou compagnons. Et il ne s’agit là que des affaires dont les victimes ont porté plainte. On est donc très en-deçà de la réalité, puisqu’on estime que seules 10 % des victimes de violences conjugales saisissent les tribunaux (qu’elles maintiennent ou retirent la plainte ensuite).
Le 24 septembre dernier, après avoir sifflé une bouteille de vodka et deux bières, le prévenu, 37 ans, a craché au visage de sa femme enceinte de trois mois, l’a giflée et étranglée. Puis il a uriné sur le matelas pour y mettre le feu. Aujourd’hui, les époux ont repris la vie commune, un an après le début de leur relation. La femme souhaite retirer sa plainte. « – Vous avez l’air en difficulté, quand même ? S’inquiète la présidente. – Moi, je pardonne », répond la victime. « J’ai vu avec ma famille, j’ai vu avec sa famille. J’ai vraiment besoin qu’il soit là. – Mieux vaut se retrouver avec un mari violent que seule avec un bébé ? Je ne sais pas… Vous lui faites confiance pour l’avenir ? », interroge la magistrate. La victime ne répond pas vraiment, elle dit que son époux est présent, attentif. Elle a envie, besoin d’y croire à son histoire, de se projeter, de nous informer sur les petits travaux de la maisonnée pour accueillir bébé.
L’époux présente ces violences comme un acte isolé, dû à des difficultés financières passagères. Le profil du prévenu, qui vient de perdre son emploi, ne rassure guère. D’autant qu’il fut condamné à deux reprises en 2008 et 2011 pour conduite d’un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique. S’il reconnaît les actes et tente, profil bas, de faire bonne figure : « Depuis (ce jour de septembre), je ne bois plus d’alcool tous les jours », dit-il, la procureure, confrontée toutes les semaines à ces cas de violences et à ces discours, est incrédule. Et le fait savoir : « Moi, j’y crois pas à votre histoire. Y a des photos. Monsieur est allé très loin. Un homme qui frappe, il recommence toujours, Madame. Sauf s’il est soigné, et il n’est pas soigné. Il est alcoolique. Il a le teint. Un alcoolique ne s’en sort pas seul, ce n’est pas vrai. Quand il boit, il est violent. Tout le monde n’est pas violent après avoir trop bu. Vous le connaissez depuis très peu de temps. Très rapidement vous tombez enceinte. » Après avoir rappelé que les disputes étaient visiblement liées à des problèmes d’argent, elle s’adresse au prévenu : « Aujourd’hui, vous n’avez plus de travail, vos revenus vont baisser. Pour moi, vous êtes extrêmement inquiétant ». Même si la victime a retiré sa plainte, la procureure maintient les poursuites contre l’auteur des faits. Elle demande six mois de mise à l’épreuve avec une obligation de soins. L’époux quitte la barre. Assis sur le banc, il se tourne vers sa femme, énervé : « - Elle a dit que j’avais le teint… – Mais, non, tu n’as pas le teint… », coupe l’épouse en chuchotant.

Benjamin Taïeb

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