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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

Cour d’assises des Alpes-Maritimes3 décembre 2014
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Il y a foule ce matin, au Tribunal. L’émotion est palpable. Un jeune homme, M. D., 24 ans au moment des faits, a tué à l’arme blanche une adolescente dont il s’était épris. Trois ans plus tôt, il vivait dans la famille de la victime, qui l’avait accueilli plusieurs mois et avait fini par lui demander de partir. L’accusé aurait minutieusement préparé sa vengeance, achetant un couteau en céramique dans un supermarché et s’installant, peu avant son crime, dans une maison abandonnée, à proximité de la propriété des parents de la victime. Le jour du drame, il épie la famille, entre quand il sait l’adolescente seule, au réveil, retire ses chaussures, monte dans la chambre, se dispute avec elle, vise l’abdomen, la nuque et la gorge. Il retourne dans son squat, mange un paquet de gâteaux, revient sur les lieux donner un dernier coup à la victime. Puis il prévient, placide, les gendarmes : « Bonjour, c’est pour signaler un meurtre ».
« – Quelle est votre position ? demande la présidente. – Je suis coupable de la mort de S., balbutie l’accusé. – C’est tout ? – C’est tout ». La présidente rappelle au détenu qu’il peut répondre ou non aux questions. « – Vous choisissez… ? – De prendre part à la conversation. – De répondre aux questions », corrige la magistrate. M. D. parle peu, tient des propos décousus et incohérents : « – Mon père biologique m’a abandonné quand j’avais 7-8 ans. – Vous aviez 15-16 mois, l’interrompt la présidente. – Oui, un an et demi, deux ans… ».
L’enquêteur de personnalité résume le parcours du détenu : le père biologique qu’il n’a jamais connu, la séparation des parents adoptifs alors qu’il a 14 ans, le nouveau compagnon de la mère adoptive qui le frappe, lui et sa fratrie, puis, malgré un B.E.P sanitaire et social en poche, le lycée quitté brutalement après une première rupture sentimentale, tout comme son emploi d’agent d’entretien. L’accusé se mutile au couteau, au cutteur, aux lames de rasoir : il a des scarifications sur ses avant-bras, son ventre. Adolescent, il est interné en hôpital psychiatrique. Depuis son départ de la famille de la victime, il voit le mal partout, mène une vie de marginal dans sa voiture, en colocation où il ne sort presque plus de sa chambre, s’installe chez sa mère qui le somme de partir au bout d’un mois, rejoint les bois.
Les médecins experts soulignent les troubles de la personnalité du détenu, « mal adapté sur le plan social, relationnel et affectif depuis longtemps », capable de « comportements antinomiques » (comme le fait de prévenir les gendarmes pour éviter à la famille la découverte macabre du corps, alors qu’il vient de passer sauvagement à l’acte). Lors de sa garde à vue, M. D. « tournait sa main menottée, comme si elle ne lui appartenait pas ». Selon la psychiatre, le sujet présente « une décompensation sur le mode de la schizophrénie », une pathologie qui « ressemblerait à une démence, une psychose paranoïaque ». L’accusé est cependant jugé pénalement responsable : son discernement n’aurait été « que » partiellement altéré au moment des faits.
Cet homme est complètement malade, me dis-je en partant : il a mangé ses biscuits entre deux coups de couteaux, comment pourrait-il expliquer son geste ? Comment ce procès d’un homme, au « détachement émotionnel très marqué », pourrait-il apaiser la famille de la victime ? C’est dans un hôpital psychiatrique qu’il devrait être, pas en prison, fût-il soigné.

Benjamin Taïeb

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