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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

Cour d’assises des Alpes-Maritimes23 novembre 2014
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C’est le dernier des trois jours de procès et les commentaires vont bon train dans le public, familiarisé avec l’affaire : « – Moi je crois pas que ce soit de la légitime défense. – Pour moi c’est 100 % légitime défense. C’est un gamin. Si j’étais juré, je voterais la légitime défense ». La grand-mère de l’accusé, assise à côté de moi, approuve et surenchérit : « C’est qu’un gamin ».
L’accusé a déjà fait trois ans de prison. Il a 22 ans, les cheveux courts, de petites lunettes rondes. Il est grand, mince, beau garçon, porte une chemise blanche. Jugé pour meurtre, Kévin M. a porté huit coups de couteau à la victime, 32 ans, qu’il connaissait depuis quelques mois. Il aurait eu peur de la victime, défavorablement connue des services de police, qui l’aurait séquestré, le braquant avec un pistolet d’alarme. Dans sa déposition, Kévin M. a parlé de guet-apens. Et prononcé ces mots glaçants : « J’en pense rien (de la victime). Pour moi, c’est un morceau de viande ». Kévin M. est boucher de profession.
Agressé à diverses occasions avant le drame, l’accusé sortait toujours avec un couteau dans sa poche. C’est un môme qui a peur. On apprend qu’il a été racketté en maison d’arrêt et qu’il reste enfermé dans sa cellule. Une fois, il s’est scarifié les avant-bras.
On tente de cerner sa personnalité. Selon la première experte psychiatrique, Kévin M. était « entièrement responsable de ses actes au moment des faits ». Le médecin souligne toutefois que l’accusé a eu « une enfance très difficile », maltraité par un père alcoolique et violent, puis par les pensionnaires d’un foyer, enfin par l’un de ses employeurs.
Le deuxième expert, du même avis que sa collègue, relate les difficultés familiales du jeune homme, et aussi « une froideur, une indifférence affective » : l’accusé n’aurait pas fait « d’analyse du fait criminel ». Kévin M. se lève : « – Pardonnez-moi d’intervenir, mais Monsieur l’expert, je ne l’ai vu que cinq minutes. Je ne comprends pas qu’il parle de froideur ». C’est la seule fois de la matinée qu’on entendra la voix de l’accusé.
Ce sont maintenant les témoins cités par la défense qui se relaient à la barre. Tous louent les qualités de l’accusé : « C’est une bonne personne à qui il est arrivé quelque chose de dramatique », résume une ex-collègue de travail. L’avocat de la partie civile interroge le témoin, photos à l’appui, sur la fascination qu’avait Kévin M. pour les armes blanches, nunchakus, exhibés sur les murs de son studio. « – Y avait un hachoir, souligne l’avocat. – Oui, mais il est boucher de profession. Ca ne m’a pas choquée plus que ça. ».
Vient la mère de l’accusé, boulangère en Moselle. A peine ouvre-t-elle la bouche que Kévin M., impassible jusque-là, est secoué de sanglots. Comme son petit frère et sa grand-mère dans la salle. « C’est un bon jeune, dit la mère à propos de son fils, sans le regarder. Il a beaucoup de choses à faire. Je sais qu’il en est capable ». Elle ne sait pas encore qu’il sera condamné à neuf années de prison. « J’étais fière de lui qu’il ait eu son diplôme. Moi je n’ai pas de diplôme ». Elle insiste : c’est le père de l’accusé qui devrait être jugé. Et ajoute : « Kévin demande toujours de ne pas m’inquiéter mais on s’inquiète toujours pour ses enfants », consciente, aussi, alors qu’elle n’est qu’à quelques mètres de la mère de la victime,  que « ç’aurait pu être mon fils à la place ».

Benjamin Taïeb

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