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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

7e Chambre correctionnelle2 novembre 2014
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La victime est dans un fauteuil roulant. La cheville encore plâtrée, six semaines après les faits. Le prévenu est son compagnon, depuis cinq ans. Pour un prétexte futile, il l’a frappée avec un bâton, « fort sur la tête », dit-elle. Il a pris ensuite un autre bâton, « plus long ». Des coups partout sur le corps. Il a pris un troisième instrument, « plus long, avec une pointe en fer ». Un tisonnier, pointé dans le ventre. L’a tirée par les cheveux. Il a attrapé un marteau. A tapé « un gros coup » sur la tête de la victime, sa femme. Il s’est assis sur elle, au-dessous de sa gorge. Des heures, il l’a torturée. Il a dit : « Je vais te tuer ! Je vais te brûler comme la chèvre ! ». Il y a chez lui une centaine d’animaux, dans un état déplorable, souvent maltraités, quelquefois tués. Il n’est pas poursuivi pour cela. Il a brûlé les vêtements de la victime. Enfin, s’est calmé. Il a répondu à sa compagne, implorante : « Le Docteur est fermé ». Il est parti à la pharmacie, a ramené des bandes et de la crème. Le lendemain matin, il a voulu lui faire l’amour. « J’ai refusé, j’avais plein de sang, il n’a pas insisté », dit-elle. Il a fini par l’amener aux urgences. I.T.T. supérieure à 8 jours. Il a dit : « Ma femme est tombée dans les escaliers ». Il est reparti. Elle a raconté son calvaire. Aux médecins, aux infirmiers, à l’assistante sociale. Elle raconte à nouveau. Ce n’est pas la première fois qu’il la frappait. Il boit beaucoup. Il lui arrive aussi de l’enfermer dans la chambre. Il part deux jours. Revient. La libère. Lui interdit de voir le voisinage. Ils ont une fille de 4 ans. Il y a deux ans, celle-ci « a reçu en pleine face un biberon plein de lait ». Tunisienne, la maman a déposé plainte contre son concubin dans son pays. En France, jamais. « – Pourquoi ? demande le président. – J’avais peur ». Jusqu’à ce jour où elle a cru mourir. Torsions, fractures, ecchymoses. Erosions, contusions, lésions. Les traces de défense sur ses doigts, à elle. Il dit : « Elle s’est fabriqué tout ça. Je ne l’ai jamais violentée ». Les morsures sur son corps, à lui : « Quand on fait l’amour, elle se met à crier. Elle mord ». Le président : « Et les griffures sur votre torse, c’est quand vous faites l’amour, aussi ?C’est des ronces ». Le bâton, retrouvé ensanglanté, exige explication. Le magistrat : « C’est elle qui a pris le bâton et qui s’est tapé toute seule ?Je ne sais pas ». Les traces de sang dans la bouche de la victime ? « Je ne sais pas ». Les vêtements brûlés ? « Je n’ai pas brûlé les habits, je les ai jetés, il y avait des braises restantes ». Le prévenu n’exprime aucun regret, aucune excuse, aucune compassion. Parfois même, il rit. Mécaniquement. Et, tandis que l’avocat du prévenu ergote sur la couleur jaune/jaunâtre des ecchymoses qui signifierait que les coups ne dateraient pas de la veille de l’arrivée aux urgences, mais de plusieurs jours, soit quand la victime était en Tunisie… le cousin de celle-ci, une main sur la poignée du fauteuil roulant, caresse de sa main libre l’épaule de la victime. Affectueusement. Pour la soutenir, lorsque l’indécence s’ajoute à l’insensé.

Benjamin Taïeb

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