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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

7e Chambre correctionnelle29 otobre 2014
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Un coup de Trafalgar

Il fait beau et chaud en cet après-midi de fin octobre. Je me dis que l’audience devrait être ajournée pour cause de météo exceptionnelle. Je suis vite refroidi. M. C., partie civile, a été victime à son domicile d’une véritable expédition punitive. « Un coup de Trafalgar », admet le prévenu de vingt-sept ans, en état de récidive légale. Volubile, il raconte avoir appris de l’ex-petite amie de M. C. que ce dernier avait du cannabis chez lui. Avec son complice, David S., toujours en cavale, et qui avait « un besoin d’argent », ils sont « allés voir [d’eux]-mêmes. Je me suis laissé embarquer, c’est un bon collègue à moi (David S.) », soutient le prévenu. Le président : « – Il a un casier, votre collègue ? – Il a un sacré casier ».
C’est l’ex-copine, non poursuivie pour complicité et absente à l’audience, qui leur a donné le nom et l’adresse de M. C.. « Pas l’étage », tient à préciser le prévenu. « Après, on a trouvé par nous-mêmes. On a prétexté que c’était La Poste. J’avais une casquette et des lunettes, mon ami avait une casquette et une arme de poing, un pistolet d’alerte ».
On est en pleine journée, il est dix heures. M. C. ouvre la porte aux deux hommes qu’il n’a jamais vus et se trouve aussitôt braqué par David S.. Il tente de refermer la porte sur celui-ci, mime la scène devant nous en refaisant les gestes, mais l’agresseur a déjà passé le pied et le bras dans l’entrebâillement, pendant que son complice pousse derrière. M. C. tombe à la renverse, sur les fesses. « Ils sont rentrés, ils ont fait que frapper ». Il crie au secours. David S., debout, le tient en joue, le prévenu vient derrière le cogner. M. C. sent un objet dur sur le dos, la tête. Il saigne du cuir chevelu, ne cesse de crier. « Le premier continuait à me braquer ». Il parvient à se relever – il est costaud, M. C., bien plus costaud que le prévenu – saisit une table en verre, la jette dans le parking de la résidence « pour attirer l’attention ». Une voiture est endommagée. Puis il enjambe la rambarde, au cinquième étage, pour se réfugier chez la voisine.
« J’ai juste essayé de lui faire taire la bouche parce qu’il criait », avance le prévenu. Il continue : « C’est David S. qui lui a mis un coup de crosse derrière la tête ». Reconnaît : « J’avoue que c’est un peu ambigu ». Et s’adresse tranquillement à M. C. : « Quand tu étais par terre, on a essayé de te maitriser ». Au président : « Il criait. On a paniqué. On est partis ». Les deux hommes se changent dans la cage d’escalier, quittent la résidence. Ils sont filmés et le prévenu laisse des traces de doigts sur la porte. La victime : « Il y avait sur ma table, à l’entrée, 200 euros de liquide, ma carte bancaire, un téléphone portable, une tablette, ils n’ont rien pris.On a pris quelque chose, l’interrompt le prévenu, on a pris deux joints ». Le président : « – Vous encourez une peine assez lourde, tout ça pour deux joints ? » Car il y a eu violence en réunion, menace d’une arme, et préméditation : autant de circonstances aggravantes. « – Vous savez combien vous avez de condamnations ? demande le magistrat. – Y en a quelques unes.Y en a dix ». On se rappelle alors que l’avocate de la défense avait sollicité, sans succès, une expertise psychologique. Elle estimait que le prévenu « ne mesur[ait] pas les conséquences de son acte ».

Benjamin Taïeb

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