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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

5e et 7e Chambres correctionnelles15 octobre 2014
Prix : 0,00
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Permis de construire, permis de conduire

Vous voulez retaper un cabanon ? rendre un vieux grenier habitable ? Aménager un escalier ? N’oubliez pas de demander un permis de construire ou de faire une déclaration préalable à la mairie avant de commencer vos travaux. A défaut, assurez-vous au moins de la bienveillance de vos voisins. Dans le « quartier des arméniens », ce sont des courriers de dénonciation qui ont entraîné les contrôles de l’administration et amené les deux prévenus de ce matin devant la juridiction pénale.
M. A., « maçon sans rémunération », est arcbouté sur la barre. Avec sa calvitie de moine, ses lunettes de vue aux verres épais, tenues par un élastique, et sa sacoche marron dans la main gauche – qu’il ne posera qu’après plusieurs minutes – le prévenu a les allures d’un aide-comptable, tout droit sorti d’une nouvelle de Tchékhov. « Il est vrai que c’était au mois d’août, j’ai fait un peu de bruit, j’aurais dû faire ça en septembre, je ne serais pas là aujourd’hui », concède-t-il. Il est trop tard pour les regrets. M. A. penche sa tête vers l’avant pour mieux entendre la magistrate, au phrasé technique et rapide : la masure construite sans permis, simplement « rénovée, pour faire propre » selon le prévenu, « tout à fait habitable » selon la procureure, sera démolie.
L’autre prévenu a plus de chance : ses travaux sont de moindre importance, il a assuré l’habitation, tenté de régulariser au plus vite la situation, et ce n’est pas un professionnel du bâtiment. Il paiera une amende, mais on ne lui demandera pas une remise en état qui aurait selon lui nécessité « encore pas mal de travaux ».
Conduire un véhicule sans permis peut avoir des conséquences autrement plus fâcheuses. « Les faits sont simples, vous les recommence… reconnaissez », se reprend la présidente. Les prévenus croient trouver la parade. S’ils ont pris le volant, c’est à cause de leurs copines. L’un ne voulait pas que son amie conduise, parce qu’elle « était vraiment ivre. Y aurait eu un accident, c’aurait été encore plus pire ». Il souligne qu’il avait son code au moment des faits. L’autre, en état de récidive légale, « a pris le véhicule uniquement pour le garer » : sa copine « ne sait pas faire les créneaux ». Il poursuit : « J’ai vu la police dans le rétro. J’ai paniqué ». – « Vous avez continué à rouler… », observe la présidente. « – Ouais, mais à 60 ». La magistrate sermonne le jeune homme, lui rappelant ses dix condamnations depuis 2007, plusieurs fois pour « conduite sous l’empire d’un état alcoolique ». « – Je comprends votre réaction, c’est tout à fait normal », réplique ce dernier. M’enfin, comme le dit son avocate : « il y a conduite et conduite. Il n’était pas sur une route en train de zigzaguer ». Pauvres prévenus qui vont être sanctionnés alors qu’ils ont sauvé la mise à leurs nanas. Il n’y a qu’à regarder les statistiques publiées par la Sécurité routière pour mesurer l’étendue de leur sacrifice : en 2012, les hommes représentent 89% des retraits de permis. Ils sont 92 % des conducteurs impliqués dans un accident mortel avec alcoolémie positive. Une dernière info pour la route ? 83% des condamnés pour homicides involontaires dans des accidents sont des hommes. Alors, Messieurs les prévenus, c’est qui « le plus pire » au volant ?

Benjamin Taïeb

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