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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Benjamin Taïeb au Palais de justice

6e Chambre correctionnelle10 octobre 2014
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Des dépenses somptuaires pour des voyages à Miami, New-York et Marrakech. Une montre Rolex à 11 000 euros. Une « voiture sans permis » à 14 950 euros. Un manteau en vison… M. G. a mené grand train avec Mme A., sa nouvelle compagne. « Si y avait que ça ! » s’exclame le Monsieur assis derrière moi, avant de lâcher : « Quel enfoiré ! ». Le prévenu, poursuivi pour abus de biens sociaux, a en partie offert ces cadeaux avec la carte bancaire de sa Société, aujourd’hui en liquidation judiciaire avec un passif de plus de 700 000 euros. Ce n’est pas du goût de son ex-associée et ex-compagne, Mme I., partie civile, ni du Monsieur qui soupire dans mon dos, sans doute le compagnon de celle-ci.
« Je savais pas que c’était interdit, Monsieur le juge. Personne ne m’a dit que c’était interdit ». L’argument, un peu court, est habituel chez les prévenus en col blanc. M. G. en est-il conscient ? Il soutient qu’il a « apporté personnellement 85 000 euros pour sauver cette Société ». Cela prouverait sa bonne foi. « J’ai 54 ans. Je travaille dur depuis 25 ans. Je suis honnête ». Traduire : je me démène pour ramener de l’argent dans la boîte et j’ai bien le droit de me faire plaisir de temps en temps. « – Qu’est-ce que vous reconnaissez, finalement ? » demande le président. « – Je suis victime du harcèlement de Mme I. et de son compagnon », répond le prévenu. M. G. accuse celle-ci d’avoir dirigé l’entreprise pendant près de 20 ans quand il n’en a été le gérant que les 21 derniers mois. En résumé, la pratique consistant à confondre les dépenses personnelles avec celles de la Société ne daterait pas d’aujourd’hui. Mme I. s’en serait bien accommodée, avant la séparation. D’ailleurs, Mme A. et la plaignante n’étaient-elles pas « très copines » ? « – C’est pas elle qui l’a poussée dans votre lit, non plus ! » s’emporte le président.
On reprend. Outre les « généreux » cadeaux au profit de Mme A., le prévenu a aidé cette dernière à louer un bail commercial, en payant une caution et plusieurs loyers au propriétaire du fonds de commerce, avec le chéquier de la Société. M. G. nie en bloc. Le président ressort du dossier les chèques litigieux. Poussé dans ses retranchements, le prévenu s’enferre dans ses mensonges. Ne pouvant plus soutenir sérieusement que le paiement des loyers a été fait en son nom propre, il affirme que le chèque acquittant lesdits loyers « n’a pas été encaissé ». Et pour cause, le chèque de la Société était sans provision.
C’est maintenant à Mme A., poursuivie pour recel d’abus de biens sociaux, de répondre aux questions du magistrat : « – Est-ce que vous avez reçu des cadeaux ?Oui… Je ne me suis pas posé de questions.Vous auriez dû ». Quid de la caution et des loyers commerciaux de sa nouvelle activité ? Elle n’intervenait pas, c’est M. G. qui négociait directement avec le propriétaire. On n’en saura pas beaucoup plus : pendant la plaidoirie de son avocat, Mme A. fait une violente crise d’asthme. M. G. s’empresse de lui chercher son sac à main. On l’allonge sur le dos. Elle prend plusieurs bouffées de Ventoline. Sa respiration reste bruyante et saccadée. Il faut appeler les pompiers. L’audience est suspendue.

Benjamin Taïeb

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