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Les collections > Fonds Proses

Le pays que je te ferai voirMichel Séonnet
Le pays que je te ferai voir
Prix : 15,00 € 14,25
Quantité :
EAN : 9782364180123
Format 14,5 x 20 centimètres
150 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Fonds Prose ”
ISSN : 2259-6976
Dépôt légal 4° trimestre 2014
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

Propos du livre

À l’âge des bilans, Louise entreprend de faire la vérité sur la mort de son père qu’elle n’a jamais connu. Adjudant incorporé dans un Goum marocain, il est officiellement mort au cours d’une opération en Indochine. Louise n’y a jamais vraiment cru. Ayant trouvé la piste d’un ancien goumier, elle part au Maroc en quête d’une explication définitive. Mais les histoires se brouillent. Celui dont on lui parle est-il son père ? Et qui est cette femme marocaine avec qui il aurait eu une liaison ? Louise parcourt le Maroc – un Maroc pétri de couleurs, d’odeurs et de saveurs, où la chaleur le dispute à la pluie, le sable à la boue – sur les traces d’un fantôme. Car pour ce qui est de la réalité présente, c’est celle des immigrants clandestins qu’il lui faut affronter. Celle des disparus en mer. Les fils même des anciens goumiers qui laissent derrière eux des orphelins. Le voyage de Louise est jalonné de découvertes, de surprises et d’émotions. Quel est donc ce pays que le destin s’obstine à essayer de lui faire voir ?

Lire l'entretien que Michel Séonnet a accordé à Benjamin Taïeb en décembre 2014, à l'ocasion de la publication de ce livre

 

Extrait

Ton père…, essaie encore le vieil homme. Mais comment raconter ce qu’il s’est si souvent répété pour lui-même, pour ne pas oublier, pour graver en lui chaque détail de cette scène où l’adjudant lui confiait bien plus qu’un morceau de papier, pour essayer, par la suite, de retrouver les mots et les images malgré tout en allés et renouer les fils d’une mémoire défaillante comme lorsqu’on s’obstine à chercher quelque chose que l’on a si bien rangé que c’est devenu impossible de le trouver, refaisant les gestes, répétant les mots, finissant par ne même plus les reconnaître, tellement usés, tellement de fois passés en bouche que c’est comme s’ils en étaient devenus silencieux, il ouvre la bouche et rien n’en sort, est-ce la faute des mots si la bouche s’est tarie ? Les mots ne sont-ils rien d’autre que les représentants d’une réalité absente ? Une chose, un mot ; un geste, un mot ; s’il n’y a pas de mots, c’est peut-être qu’il n’y a jamais rien eu, ni geste ni parole pour en sceller la réalité, est-ce qu’il aurait tout inventé ? Peut-être a-t-il cru que l’adjudant écrivait quelque chose alors qu’il lui tendait un morceau de papier aussi blanc qu’un drapeau de reddition ? Ou alors c’est dans son propre délire, à cause du sentiment de culpabilité d’avoir abandonné ainsi le sous-officier qui des mois auparavant l’avait sauvé de la mort qu’il s’est inventé une tâche, une mission, pour malgré tout payer sa dette. Tout se brouille. Dans les mois qui avaient suivi son retour d’Indochine, Ali se demandait déjà si c’était bien d’un autrefois réel que lui venait encore ce qu’il disait souvenirs, les lieux, les visages, les hurlements, les explosions, bien sûr il y avait son livret militaire, sa carte du combattant qu’il avait eu tant de mal à obtenir lorsqu’il était revenu en France, mais ce n’étaient que des papiers, la réalité des choses lui manquait, les lieux, les visages, les hurlements, les explosions, pour que cela ait tous les attributs du réel il aurait fallu qu’il puisse comparer ce qu’il disait à quelque chose qu’il aurait sous la main, mais ça ne correspondait à rien, sauf en rêve, rien qui puisse confirmer que la furie dévastatrice qui bien souvent le poursuivait jusqu’ici avait été quelque chose qu’il avait réellement vécue : les lieux, les visages, les hurlements, les explosions, l’adjudant, le camp, la lettre, est-ce que tout cela n’était pas que fragments réchappés des puissances du rêve, l’adjudant, le camp, la lettre, non pas inventés, on n’invente pas ses rêves, mais devenus réels à cause de cette prétention exorbitante qu’ont certains rêves de vouloir s’immiscer sur l’autre versant de vie ? C’étaient des rêves qui avaient durci au fil du temps jusqu’à être des pierres bien plus dures que toutes celles dont il lui fallait régulièrement débarrasser son champ : les pierres remontent bien à travers les strates de la terre comme si elle les faisait surgir de l’oubli, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les rêves qui, avec le temps, remonteraient eux aussi du néant, s’extirperaient de l’univers nocturne, pour devenir écueils et blessures de plein jour ? Mais il y a ce visage, là, devant lui, le visage de cette femme qui ressemble tellement (mais à qui ? au souvenir effacé du visage de l’adjudant ? à la femme qu’il a vue en rêve ?), sauf que c’est une femme qui aurait l’âge d’être la mère de l’homme auquel il voudrait qu’elle ressemble.



Lire un autre extrait

Lire la note de lecture de Michel Diaz

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