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Approches critiques > Au fil des notes

C'est bien ici LA TERREDominique Sorrente
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Note d'Alain Freixe
parue dans L'Humanité du 19 décembre 2013

éditions MLD, 2009 et 2012
 

Deux livres de Dominique Sorrente, à 4 ans de distance, Pays sous les continents d’une part et C’est bien ici LA TERRE d’autre part, tous deux joliment et justement publiés par les éditions MLD, l’un en 2009, l’autre en 2012.
Le premier – Prix Georges Perros en 2011 - dessine un parcours où presque tous les livres de poèmes publiés par Dominique Sorrente entre 1978 et 2008 lui servent de pas japonais. Traversée risquée d’un qui a décidé de remettre ses pas dans ceux d’hier afin de revisiter les continents traversés, en privilégiant les escales et abris portuaires que furent pour lui les livres comme les revues de poésie afin de retrouver le "pays" qui fait socle à ces terres émergées. "(se) retourner vers (son) voyage" prend la forme ici d’une anthologie : coup de vent sur le passé, manière de faire retour arrière, battre mesure et remettre le compteur à zéro. Anthologie, moins pause/bilan que mouvement d’une architecture qui se donne à elle-même les propres lois de son bâti, chantier à ciel ouvert dont les parties s’adossent les unes aux autres, celles d’après venant puiser force et solidité sur celles du dessous. Je songe à Thomas d’Aquin qui après avoir rédigé sa Somme s’écria : "tout cela m’apparaît comme de la paille". La paille est ce qui reste. Les charrettes l’emportent. Sur pied, les éteules attendent les oiseaux comme cet "itinéraire poétique" de 30 ans attend que les pas des lecteurs y inventent les chemins qui leur permettront d’abord de prendre la mesure de cette aventure et ensuite de mieux saisir ce qui fait la singularité de l’écriture de Dominique Sorrente.
Au poète, après lecture de son second livre, on a envie de dire : oui, c’est bien ici LA TERRE, ici où l’ "on est prêt de tomber". Ici où l’on chancelle. Où l’on se reprend. Et "en avant, route !" comme disait Rimbaud.  Encore et toujours. Vers l’endroit où "pousse une fleur qui a sondé les yeux." Et certes parce que "toujours la vie manque à la vie", s’il n’y a rien de plus à demander à la terre que ce qu’elle peut donner, ces "saisons qui portent tout" comme le disait Héraclite, il y a peut-être encore à demander aux hommes car leurs mots font la terre. Les poètes participent de cette mise en culture de la langue qui suppose travail au soc avant d’enterrer quelques semailles.
J’aime chez Dominique Sorrente ce sens du matin quand "les grands ciels sont forts pour nous". Ce sens de l’imprévu rencontré quand "une fois par éternité, on voit surgir un passage lumineux qui nous désigne". Ce sens de l’appel. Ce sens de la terre car c’est aussi cela la terre, une terre rendue à sa saveur mortelle : "la terre saisie dans son étoile qui nous revient".
J’aime cette confiance qu’il met en la poésie. Son sens de la chance qu’elle porte en elle comme la seule blessure qui soit de vie future assurée. Ainsi quand "elle peut accrocher / un bout de ciel manquant", c’est alors qu’"elle (sait) se faire / muscle du blé, frisson de grappe, pour que rien ne soit jamais joué d’avance", pour que demeurent ouvertes les routes, "grandes maisons de l’âme" disait Jack Kerouac.
J’aime son appel aux "enfants de demain" : "n’oubliez pas de laisser respirer les nuages", "d’offrir vos premiers / murmures / aux racines", écoutez "le souffle / de l’air du monde / à son commencement". Sa confiance dans la transmission : "il faudra dire (à votre tour) à vos enfants la profondeur sous l’écorce".
J’aime en Dominique Sorrente, l’homme de cette utopie qui lève haut les yeux vers "ces clairvoyants épanouis par l’immense" qui ne manqueront pas de venir pour "s’emparer en douceur des langues / côté ciel / pour épeler l’inconnu", pour "(mêler) l’ininterrompu à la perte" et que Noël sur la terre, ce soit enfin l’habiter. Poétiquement.

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