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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Patrick Da Silva: Anté

Anté - Des guerres vicinales24/12/2012
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Des guerres vicinales


Il s'agissait d'un autre cycle, d'une autre procession que celle de la sève ou du rut mais vitale tout autant : les dieux requéraient, les astres disposaient, les devins décryptaient, les prêtres proclamaient. Deux royaumes étaient ainsi élus. Ils s'honoraient d'une guerre vicinale.
Entre eux aucun grief, aucune animosité ! Les augures seuls avaient disposé : ils seraient ennemis, telle serait la date et le lieu des combats.
A l'emplacement choisi on commençait par élever un sanctuaire. Il était bâti entièrement de bois, les deux cités s'y employaient, à part égale fournissaient matériaux et main d'œuvre : des chevrons nus, des poutres sobrement équarries, des planches sans apprêt. La toiture posée, on dressait face à face, sur la longueur de l'édifice, deux autels – toujours du bois mais brut cette fois, souches et branches empilées – et au-dessus, les idoles en terre crue, divinités protectrices des deux cités qui allaient s'affronter.
Pour finir, on installait au milieu les sièges des deux rois.
Le temple érigé on procédait ensuite aux sacrifices, quelques bêtes mâles : chevaux, taureaux, bouquetins, sangliers, au gré de nos captures. Il incombait enfin aux prêtres de circonscrire le champ de la bataille. Entaillant les arbres, plantant des bornes, creusant des saignées, ils traçaient à travers bois, plaines et marais le pourtour d'un vaste territoire.
Et puis le jour venait. Les armées entraient dans le domaine sacré par la porte du temple. Le défilé durait de midi jusqu'au soleil couchant. La nuit, les escadrons s'éparpillaient, on prenait position, on buvait de la bière ; l'engagement débutait à l'aurore.
C'était, pour tous les combattants, assaut de puissance et d'intrépidité, de ruse et d'endurance, d'audace et de docilité ; pour chaque homme la victoire ou la mort glorieuse ; sinon le remord des vaincus ou la servilité. Tant que duraient les combats les deux rois siégeaient côte à côte dans le temple, leurs messagers les informaient de la fortune que les dieux accordaient à leurs troupes. C'est celui dont le sort s'avérait trop funeste qui devait, pour épargner l'extinction à son peuple – on se battrait jusqu'au dernier – décréter sa défaite.
Les trompes et les gongs sonnaient, on rengainait le fer, on rapportait les morts – les deux camps confondus – les entassait pêle-mêle dans le temple.
Sur l'amas de cadavres le vainqueur jetait ses armes et toute sa richesse ; il l'avait emportée avec lui à pleines hottes, sur des traîneaux : bijoux, statuettes, la vaisselle et le tour du potier, les couvertures et les tapis, le métier à tisser, tous les ustensiles, les outils, les parures. On bourrait jusqu'à la charpente le temple de branchages, les prêtres lançaient les torches, on regardait flamber.
Sur les braises encore rouges on élevait un tertre ; ensuite seulement le royaume victorieux pouvait prélever son tribut : dans les rangs adverses, quatre hommes pour douze survivants ; ce sont les femmes qui choisissaient. Les captifs partaient avec leurs maîtres ; leurs épouses, leurs promises les suivaient ; tous devenaient esclaves jusqu'à la guerre prochaine.

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