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Les collections > Fonds Proses

L'Effigie et autres carnetsJean-Marie Barnaud
L'Effigie et autres carnets
Prix : 12,50 € 11,88
Quantité :
EAN : 9782915120820
Format 14,5 x 20 centimètres
114 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Fonds Prose ”
ISSN : 2259-6976
Dépôt légal 4° trimestre 2012
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

Propos du livre

Trois récits, trois histoires dont les acteurs sont traversés par la question de l’identité. Un marginal excentrique, un écrivain en proie à ses monstres et un narrateur que travaille le souvenir de ses rêves.

Chacun consigne son enquête dans ses “ carnets ” ; et tous s’interrogent sur le sens de la vie, le pouvoir des mots et sur le piège qu’ils sont parfois. Antibes, les collines corses, la “ maison lointaine ”, l’océan, le voyage maritime, sont le décor d’une expérience du dénuement qui conduit peu à peu ces personnages à rêver d’une enfance à venir.
Traversée par les incertitudes et les déchirures de la vie, animée d‘un souffle puissant et poétique, l’écriture de Jean-Marie Barnaud demeure toujours simple et limpide.

 

Extrait

1

Le type entre dans la rue.
D’ici, on entend seulement la rumeur de la circulation sur le boulevard, mais personne n’y fait attention. Là-bas, c’est la ville ; ici, c’est le quartier, un village. Seules circulent dans cette rue les voitures de livraison. La chaussée est aux piétons, aux poussettes, aux carrioles. Les trottoirs sont pleins de touristes. Sur la place Nationale, c’est jour de marché, les étals débordent.
Le type est happé par l’ombre de la rue.
Il marche lentement ; il n’y a rien en lui de remarquable, il est comme tout le monde, il porte un jean, une veste légère plutôt beige, ouverte sur un tee-shirt blanc ; il est nu-pieds dans ses sandales. Sur sa tête une casquette à visière rabattue sur ses yeux.
Bientôt, à leur tour, deux autres hommes font irruption dans la rue, qu’on repère vite au milieu des passants pour des flics en civil, des flics du quartier en fait, car on les voit saluer quelques personnes au passage ; et comme le type s’est arrêté devant la vitrine d’un magasin de chaussures, ils marquent le pas eux aussi et discutent calmement ; mais on voit bien qu’ils l’ont à l’œil.
S’ils s’approchaient de quelques mètres, ils pourraient travailler pour ainsi dire sur le motif, exerçant leur sagacité sur les détails de cette scène de reflets où tout se confond, le visage du type, les yeux masqués, qui se détache des silhouettes derrière lui, les rangées de chaussures dans la vitrine, et puis, dans la fraîcheur du magasin, une femme assise sur un petit banc d’essayage, boîtes et couvercles disséminés tout autour, la vendeuse accroupie devant elle, les deux jambes soigneusement serrées de côté sous sa jupe sombre ; à droite, une autre cliente, devant une glace étroite et haute, en train de faire pivoter l’un après l’autre sur leur pointe ses deux pieds chaussés de neuf, tout en relevant le bas de son pantalon.
La première cliente se lève brutalement, dit quelques mots à la vendeuse, et se dirige vers la sortie sans un regard pour l’homme qui se tient derrière la caisse ; et c’est juste au moment où elle passe la porte qu’on voit le type en faction devant la vitrine venir se planter devant elle, lui adresser la parole, lui barrer en quelque sorte le chemin ; on s’aperçoit alors qu’il est très grand puisque la femme est obligée pour le regarder dans les yeux de lever son visage. On n’entend pas ce qu’il lui dit, ou demande, on comprend seulement au sursaut de la femme qu’elle est surprise, plutôt gênée même, puisqu’elle regarde tout autour d’elle ; elle dit quelques mots et puis finalement prend le parti le plus simple, elle descend du trottoir, contourne l’obstacle, et part d’un pas leste, avec même un petit sourire.
Le type, lui, ne se retourne pas sur elle, il reprend sa marche lente.
Les deux flics n’ont pas bougé.
Bientôt ils se séparent ; l’un reprend la filature ; l’autre attend un peu et puis rejoint la femme, il a sorti sa carte de police.
Elle dit qu’elle n’a pas vraiment eu peur, non : elle n’a pas senti de violence dans le regard de l’homme, rien qui l’ait inquiétée une fois passé le moment de surprise ; plutôt même de la douceur.
Ce qu’il a dit ?
La femme reste un moment sans répondre ; elle hésite, et puis : “ il a dit textuellement : Excusez-moi. Vous me donnez quel âge ?

Il est un peu plus de onze heures lorsque les deux flics retrouvent le type. Il est à la terrasse d’un café, devant une bière.
À le voir ainsi posé avec nonchalance sur sa chaise, à voir ses gestes lents, précautionneux, l’un des deux flics se penche vers son collègue avec une drôle de moue dépitée, comme pour dire que le type n’a pas l’air bien méchant ; sur quoi l’autre, péremptoire, lui rétorque quelque chose du genre : précisément, c’est cela qui intrigue. Les cinglés peuvent faire illusion ; ils sont doux jusqu’au jour où ils font une crise.



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