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Les collections > Fonds Proses

À la guerrePatrick Da Silva
À la guerre
Prix : 12,00 € 11,40
Quantité :
EAN : 9782915120790
Format 14,5 x 20 centimètres
110 pages.
Couverture quadrichomie.
Reliure dos carré collé
Collection “ Fonds Prose ”
ISSN en cours
Dépôt légal 4° trimestre 2011
 

Biographie et bibliographie de l'auteur

Propos du livre

Trois textes, trois histoires, trois vies. Celle d’un enfant, d’une femme et d’un infirme. En arrière-fond, la guerre, la Grande, ou celle de 40-45. Au fil des récits, le lecteur assiste à ses effets dévastateurs sur la structure intime des trois protagonistes. Au village, ou en famille, la guerre les façonne et de leur vie si banale, fait un destin tragique.

On ne sort pas indemne de la lecture de ce livre on s’en doute, mais pas tant à cause du contexte historique que grâce à l’écriture si particulière de Patrick Da Silva et de la forme si juste qu’il donne à ses récits. La violence émerge toujours d’une certaine douceur et par contraste, n’en est que plus violente. Ses personnages sont empreints de justice et du bonheur d’être au monde, bien chevillés dans leur corps. La guerre, lointaine, pourrait presque ne pas les concerner… Mais ce serait sans compter sur la turpitude de la nature humaine… Patrick Da Silva ne l’ignore pas.

Ce livre a reçu en mai 2013 le prix Littér'Halles, prix de la nouvelle de la Ville de Decize.

 

Extrait

De profil, je l’ai vu, à cinquante mètres à peine – un coude du chemin – je l’ai reconnu, j’ai pensé “ c’est le nôtre ! ” La veille, je l’avais vu monter se coucher.

J’étais dans le séjour, porte ouverte ; en passant il s’est arrêté dans l’embrasure, une fois de plus il m’a dit quelques mots dans sa langue, et un sourire encore, et d’autres signes avec les mains. J’ai dû répondre de même, un peu de charabia, un peu de pantomime, risette et hocher du bonnet. Il a poursuivi, j’ai entendu sa porte se fermer. Le matin, par contre : rien, aucun bruit. Sa chambre certes n’est pas à côté de la mienne. Entre, il y a celle de ma mère. Pourtant, il lui a bien fallu traverser le couloir. Dieu sait que le plancher craque. Il a dû faire doucement ou se lever très tôt.

Quoi qu’il en soit c’était bien lui, comme ça dans le lit du ruisseau : maillot de peau kaki, le pantalon pareil et retroussé au-dessus des mollets ; les godillots attachés à la ceinture. D’instinct, je me suis caché derrière un arbre, je me suis accroupi ; je l’ai regardé faire.

Il est penché en avant, les deux mains dans l’eau jusqu’aux coudes presque, genoux un peu fléchis, la tête dans les épaules, il ne bouge pas ; je comprends : c’est l’affût. D’un coup les bras se lancent en avant, plongent et il tombe à genoux. Je vois sur les épaules les muscles qui se crispent, il se relève d’un jet, et le rire fuse, en éclat, en torrent. Il brandit la truite au-dessus de sa tête.

C’est ça, je crois, ce rire qui explose, éclabousse, ce rire de titan, de gamin : je suis sorti de ma cachette ; j’ai ri moi aussi, j’ai frappé dans mes mains. Il s’était retourné, il m’a vu, nous étions face à face. Et de rire de plus belle s’il se peut et d’exhiber sa proie. Dans l’eau, il a marché vers moi, à chaque pas il s’éclaboussait ; il s’est mis à me parler, il ne s’arrêtait plus, comme si je comprenais, comme si… Moi aussi je me suis approché de lui, il est sorti du ruisseau. Sa prise était de taille, il l’a posée sur l’herbe. Nous l’avons regardée un instant s’arc-bouter, se contorsionner, essayer de bondir et la gueule béante gober l’air inutile ; la tête frappée contre une pierre il l’a achevée. En continuant à me parler il arrachait de l’herbe par poignées. Il en a enveloppé le poisson ; il avait vu ma musette, il l’a glissé dedans. Au geste qu’il me fit après avoir posé son doigt sur ses lèvres je compris qu’il me proposait de poursuivre avec lui ses menées braconnières. Je me suis déchaussé. Les lacets noués, j’ai pendu mes savates à mon cou, je suis passé devant. Une fois dans l’eau, il s’est tu. Il me suivait sur les cailloux gluants. En silence nous nous sommes avancés sous les branches ; je l’ai conduit à un entrelacs de racines où je savais qu’il trouverait son bonheur.


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