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Approches critiques > Au fil des notes

Ossip MandelstamRevue Europe
Prix : 0,00
Quantité :
Revue Littéraire Europe, juin-juillet 2009
Note d'Yves Ughes
 

Un numéro de revue consacré à un auteur fait toujours craindre le pire : la consécration court le risque d’y voisiner avec l’émiettement. Chaque chroniqueur y pourrait aller de son point de vue spécialisé et on craint bien entendu de s’y perdre.
La revue Europe n’échoue jamais sur ces écueils, et sa pratique en fait un lieu essentiel de la vie culturelle française. Ce numéro consacré à Mandelstam vient confirmer l’excellence de sa formule et la pertinence de son mode d’approche des auteurs.
La couverture déjà choque, alors qu’un poète est annoncé, elle présente une lettre cernée dans ses composantes géométriques, un dessin de Iakov Tchernikhov choisi dans ses Etudes sur les lettres de l’alphabet. On va ainsi vers l’essentiel, la poésie ne se situe pas dans un Empyrée lumineux et abstrait. Elle s’inscrit dans un ensemble qui procède par strates, par croisements, intersections. A travers Mandelstam se posent deux questions : qu’est-ce qu’être poète ? Que signifie être poète dans le tumulte du Xxème siècle, dans ses tâtonnements, errances et fourvoiements. S’y ajouterait même une troisième interrogation : comment la poésie peut-elle survivre dans de tels tumultes ? Hölderlin le disait déjà  en ces termes : pourquoi des poètes en ces temps de détresse ?
On tord le cou ici aux idées reçues. La souffrance n’est pas de mise, elle se présente comme une posture néfaste : Les souffrances n’ont pas enrichi le poète, elles n’ont fait que le détruire…On ne l’a pas laissé mûrir à son rythme. Il était de ces gens qui mûrissent lentement. Sa voix a percé non grâce à l’étouffement, mais contre lui. Il avait assez de force en lui pour faire une œuvre et une vie hors de la prison, de la déportation et des camps, affirme d’emblée Nadeja Mandelstam. Et les contributions de la revue se formulent comme un puzzle (quelle autre forme peut rendre compte de la formation poétique) l’itinéraire de l’auteur qui passe par des lieux, Paris, par des auteurs, François Villon, des préoccupations scientifiques Autour des figures de Lamarck et de ses prédécesseurs se conjuguent ainsi dans le Voyage l’intérêt de Mandelstam pour les rapports entre pensée scientifique et écriture littéraire, sa défense d’une conception organique de la nature et de la culture, et la dignité de son combat contre le positivisme triomphant.
Se met alors en place un paysage mental qui s’extrait de l’oppression. Le voyage en Arménie se présente comme l’échappée d’un poète aux confins d’un Etat oppressant, en quête d’une nouvelle respiration.

Par le corps, la poésie prend forme, physique, essentielle à la vie organique, faite de sang et de sueur. Ces temps-là  écrasent, qui ont d’abord libéré. L’étau n’en est que plus cruel. Le recours aux mots, au travail sur la langue s’impose pour dégager des espaces d’expansion, la poésie donne alors sa fonction essentielle : elle est de l’air dérobé.
Non pour soi, mais pour tous car l’artiste est par nature médecin, un guérisseur. Mais s’il ne soigne personne, à quoi sert-il ?
On avance ainsi dans la revue d’analyses en ouvertures et se livre une route faite de poésie.  Ce qui revient à dire une voie d’humanité. L’espoir bascule dans le désarroi, la révolution se fait asthmatique, elle prive d’air et asphyxie la vie culturelle. Et les mots, toujours les mots pour viatique dans cette vie qui frôle sans cesse l’absurde et qui nous somme pourtant de trouver des voies de survie. Des voix pour la survie.
Ah, je n’y vois plus, ma pauvre oreille est sourde,
Il me reste pour couleurs le minium et l’ocre rauque,

Et voici que je rêve des matins d’Arménie :
Voyons, me suis-je dit, ce que fait la mésange en Erevan.


Ainsi vont les passeurs et les revues qui anticipent une neuve, une vraie Europe.

 
Europe, n° 962-963, études et textes de : Marc Weistien, Alexandre Kouchner, Pavel Nerler, Boris Kouzine, Laure Troubetzkoy, Natalia Chemptel, Natalia Gamalova, Jean-Claude Lanne, Evguénie Toddes, Nikolaï Bogomolov, Florence Carrado, Angelo Maria Ripellino, Vladimir Mikouchevitch, Iossif Brodski, Seguei Chindine, Jean-Claude Schneider, Jean-Baptiste Para.
Le cahier Ossip Mandelstam est publié avec l’aimable concours de l’Université de Provence.
 

Yves Ughes

 

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