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Approches critiques > Au fil des notes

BallastJacques Dupin
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NRF, Poésie / Gallimard, Cat 3

Note d'Alain Freixe
 

Les titres de Jacques Dupin sont toujours comme une émanation non des textes eux-mêmes mais du travail de la langue qui y préside. Un rai de lumière qui donne leur relief aux mots risqués par cette force de destruction/création qui est à l’œuvre dans l’écriture de ses poèmes.
Il publie aujourd’hui Ballast dans la collection Poésie/Gallimard, reprise de trois livres parus chez P.O.L entre 1982 et 2002 : Contumace, Échancré et Grésil. Rappelons qu’il avait publié dans la même collection en 1999, Le corps clairvoyant dans lequel il reprenait ses recueils parus chez Gallimard entre 1963 et 1982.
Les mots peuvent être doublement action. D’une part, ils peuvent charpenter de clarté ce corps auquel ils tiennent et le rendre ainsi clairvoyant, et d’autre part, cailloux brisés mais serrés en tas, compact et dense, ballast, ils peuvent charpenter nos routes.
Plus que jamais, à lire/relire ces trois recueils, dans la foulée, on mesure combien ce qui sauve Jacques Dupin de lui-même, ce qui l’efface de ce qu’il écrit, l’absente de ses pages – D’où la contumace ! – c’est la guerre qu’il mène contre lui-même, contre ses propres mots, contre sa poésie elle-même laquelle risque toujours de se prendre les pieds à ses propres miroirs et se satisfaire de ses avances. Ecrire, pour Jacques Dupin, c’est toujours chercher à passer. Échancré(r) suffisamment les mots, les images, les phrases, les blocs de prose et pour cela « désécrire », « mésécrire », donc saccader, disloquer, ébouler, mettre en œuvre une « énergie qui fractionne », pour que pierres vives sous haute tension l’orage ne quitte pas le ciel tandis que tombe sur les pages ce grésil qui n’est ni pluie, ni neige, ni glace comme invisible / poussée de poussières / de ma vie détruite / dans la commotion de l’air.
C’est alors que les mots du poème, ces pierres brisées entassées selon le rythme qui les fait tenir ensemble, deviennent chance pour nos voyages vers ce pays dont on est l’homme, lumière qui se tient non derrière où il y aurait à revenir mais devant nous et qui vaut dans ce qu’elle éclaire pour nous tous.
Oui, chercher à passer, c’est rester vivant. Et comme cela importe aujourd’hui où tout concourt à nous perdre, à perdre cette part où se tient tout l’humain en nous. De poème en poème, Jacques Dupin travaille à désenfouir une force, celle qui reconduit le désir à lui-même, le creuse de nouvelles faims et l’abreuve de nouvelles soifs. Ainsi préserve-t-il le jour, celui de la langue, séjour de l’homme. Inconfortable et risqué.

Alain Freixe

 

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