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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Claude Held: l’usage de la parole

le thérapeute03/05/2010
le thérapeute
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le thérapeute


(un chapeau repose sur une cape qui repose sur une cage qui repose sur les genoux d’un homme dont on ne voit que les mains, les jambes et les pieds; l’homme est assis dans les dunes; on ne sait pas s’il tourne le dos à la mer ou s’il la regarde)



C’est un homme simple. Il n’a plus toute sa tête. D’autres auraient mis leur chapeau dans la poche, se seraient assis dessus ou l’auraient mangé. Il s’est contenté de le laisser à la place convenue, puis il est parti. Son absence n’inquiète personne. On l’entendait souvent parler seul. Il disait «où avais-je la tête?». Il reste la consolation du chapeau.
On ne voit pas le torse de l’homme. Il a été remplacé par une cage. La cage est thoracique, constituée de fil de fer noir, avec une fenêtre à guillotine. La fenêtre est ouverte. Une tourterelle est restée à l’intérieur. L’autre s’est posée sur le rebord extérieur de la fenêtre. Elles dialoguent.
– Veux-tu t’exhiber? Veux-tu donner du plaisir? Veux-tu apprendre à gérer ton éjaculation? Veux-tu une rencontre hard, gourmande et vicieuse? Veux-tu d’une petite mort dans un monde tout en rose? L’autre vient toujours trop vite, ô ma colombe.
– Tu peux rire, tu peux citer les exploits d’une époque amère, décadente, revenue de tout. La mort donne la mesure. C’est la seule chose vraie que l’on sait d’elle.
– En parlant d’ailes, sais-tu voler?
– On apprend un jour ou l’autre. On part. On s’élève. On revient à cause de la nuit. Alors une main recouvre la cage d’une étoffe douce comme un linceul.
– Qu’est-ce qu’une cage?
– Une boîte. Une caisse. L’espèce humaine, qui s’adapte aux va-et-vient du monde mieux que les autres, s’habitue à la cage plus facilement que nous. Il existe des cages perfectionnées, parfaites, aux barreaux dilués, des cages sur mesure qui, grâce aux technologies de l’information et de la communication, se portent dans la tête, si bien qu’on ne sait plus où elles commencent, où elles finissent. Entre les barreaux devenus invisibles les nuages passent. C’est la téléréalité de l’homme qui se prend pour un oiseau. L’homme soigne son image. L’oiseau soigne son oubli. Une cage sans oiseau n’est plus une cage. Oui. Mon perchoir est au cœur de l’homme. Je suis le tic-tac d’un épouvantail usé jusqu’à la corde. J’attends. Je rêve d’être un oiseau de paradis au plumage incandescent pour illuminer l’illusion de paradis. Je danse ici d’impatience.
– Tais-toi. Tu me fais penser à un proverbe entendu à la fenêtre d’une prison: l’oiseau qu’on égorge danse par douleur.

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