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Approches critiques > Au fil des notes

L'Homme imprononçablePatrick Laupin
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Note d'Alain Freixe

La Rumeur libre éditions
 

Je viens de relire L’homme imprononçable. J’en sors "bouleversé d’humain". Je l’avais lu, une première fois dans la foulée de notre rencontre – ce silence entre deux regards, deux sourires esquissés – à Lodève, lors des Voix de la Méditerranée 2008. Je l’avais lu comme l’on entend respirer, dans la nuit qui veille, la part inaliénable de l’homme, celle toujours à naître, qui « passe infiniment l’homme » dont parlait Pascal.
Je le relis et retrouve  à côté de son goût pour le site des beautés ordinaires, le grand Rhône ou la barre des Cévennes, ces beautés naturelles qui sont corps entier d’une écriture, non sans un serrement de gorge et un pincement de cœur – ou l’inverse – cette vaste salle des pas perdus de l’existence où errent avec la sérénité des vaincus : chômeurs, cheminots en bleu de travail, hommes des hauts plateaux ou les figures de Paul, du petit vannier, du pourvoyeur d’abîme, de l’ouvrier allemand, de Marco, hommes creux, titubés, vains, faillis d’espérance en qui la destruction expose crûment la douleur qui les hante. Ces êtres de bord de monde, toujours en passe de trébucher, ces êtres dont (la) parole tombe sont, pour Patrick Laupin, des veilleurs mais aux confins de la vie. Quand René Char nommait alliés substantiels ses amis peintres pour les mille planches de salut qu’offrait leur pratique de la peinture, Patrick Laupin reprend cette expression pour l’appliquer à ces tutoyeurs d’abîmes, ses frères, ses camarades : j’ai trouvé mes alliés substantiels dans la tête pensive de quelques enfants fous, de quelques voyous méchamment lettrés ou quelques vagabonds, analphabètes, ce qui revient au même, et en quelques êtres d’écoute et de bonté naturelles, dont le corps ne trahissait pas l’émotion sincère. Avec eux, je pus vivre.
Il y a dans la voix d’écriture de Patrick Laupin l’empreinte grave de ces êtres qui ont agrandi sa vie en lui apportant cette pauvreté essentielle, celle qui tient à nous de partout et nous fait ce que nous sommes, ces êtres dont le manque même est le ressort caché de ce qui en nous ne renonce pas à l’essentiel, à savoir cet homme que nous ne serons jamais suffisamment, cette exigence comme telle imprononçable  qui nous voit porter valeurs de vie et amour qui les tient. Et nous tient. C’est ce sens de ce qui nous dépasse qui passe par ces hommes, ces hommes descendus, perdus qu’aime Patrick Laupin.
Et moi, j’aime voir dans ses mots qui portent l’inhumain jusqu’à nous  tout l’humain affluer. Dès qu’un homme ou un groupe d’hommes est exclu de l’humanité, en lui passe l’humanité toute entière. Cela que j’avais appris chez Marx, voilà que ça me revient porté par l’écriture de Patrick Laupin. Dans cette humanité se tient toute la chance de l’humain, comme telle imprononçable. Comment comprendre ? C’est que l’humain n’a pas de contenu à proprement parler, il fait signe vers une exigence. L’homme n’est homme que dans la mesure où il estime qu’il ne l’est jamais assez. S’ouvre devant l’interminable même, espace qui interdit toute définition définitive de l’humain. Les mots ne sauraient le circonscrire. Pourtant, c’est par eux que passe le maintien et le respect de cet imprononçable. Par eux quand c’est un auteur tel que Patrick Laupin qui mène cette guerre interne à la langue par quoi on peut approcher ce que dit le mot poésie.
Maintenir, ce verbe va bien à Patrick Laupin. Il y a main. Il y a tenir. Il y a la prise en main, la garde, la sauvegarde, le prendre soin de. Et moins de l’homme – ce vague ! – que de ce qui en l’homme compte pour homme, selon les mots d’Henri Michaux dans Ecce homo, ce poème des années 40, sombres temps, cet imprononçable qu’il est, cette chance que le poème redresse, libère et fait passer. Passage de vie, disait Deleuze.

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