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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Jean-Luc Coudray

Les Pubs animées26/03/2010
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    J’ai vu, il y a quelques temps, surgir dans les rues de Bordeaux des panneaux publicitaires déroulants et lumineux, en grand et petit formats, inondant les artères principales, les places et les rues du quartier sauvegardé, reconnu pourtant patrimoine mondial par l’UNESCO. Ces objets animés, attirant par le mouvement et la lumière, augmentent d’un degré supplémentaire la manipulation mentale. Les bondissements des publicités, déclenchés avec brutalité toutes les deux secondes, troublent la tranquillité de la vision, la possibilité d’un regard global, le repos d’une conscience en confiance. J’ai perdu la jouissance de ma ville, transformée en écran internet où des surprises programmées profanent ma quiétude. Cette contamination du paysage urbain s’est réalisée dans la plus grande discrétion, la plus totale indifférence, et dans un consensus national puisque je l’ai retrouvée à Paris, Bayonne, Toulouse, dans toutes les villes et banlieues.
    J’ai écrit à la mairie de Bordeaux pour me plaindre de la vulgarité de ces panneaux, du gaspillage énergétique, de l’atteinte à la sécurité routière, de l’absence de concertation publique, de l’enlaidissement de la ville, de l’agression visuelle. Il m’a été répondu que “l’instauration du règlement local de publicité a permis de déposer un nombre significatif de panneaux dans le Centre Historique de Bordeaux… … en fonction du code de l’environnement et du règlement local” et que tout ceci “a fait l’objet d’un vote en Conseil Municipal”. C’est légal, c’est voté. Aucune réponse sur les arguments de fond.
    Or personne n’aborde la question de la sécurité routière. Si la ville vend des supports publicitaires animés, c’est qu’elle en reconnaît l’efficacité, avouant alors qu’ils attirent l’attention. Ces dispositifs, installés souvent sur les ronds-points, ont donc pour fonction de distraire le conducteur, mettant les vies en danger. N’y aurait-il pas une plainte à étudier en ce sens?
    Par ailleurs, ces panneaux préfigurent les écrans, véritables télévisions publicitaires qui aliéneront plus encore l’espace visuel dans peu de temps.
    Cette invasion illustre que mon espace de pensée appartient au Conseil Municipal qui peut en vendre le contenu aux grandes marques. Si je résiste, la technologie du mouvement et de la lumière se charge d’épuiser mes défenses. Mon espace intérieur est un produit qui m’échappe doublement: il est commercialisé à mon insu et je ne profite pas de cette vente.
    Autrefois, la barbarie s’attaquait au corps. Aujourd’hui, la médecine soigne les corps, et l’esprit est agressé. Nous sommes torturés moralement sous surveillance médicale. Rappelons que les tortures, à Guantanamo, consistent notamment à infliger des chansons toute la journée, à imposer des agressions sensorielles. Mes rues sont devenues des lieux barbares.
    Au moins, si on avoue, la torture cesse. Alors, que si je cède et me précipite dans la consommation, les publicités ne cesseront pas pour autant de m’agresser.

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