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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Patrick Da Silva: Anté

Anté - Des dévots…12/02/2012
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Des dévots, de leurs charges et de leur sort

A chaque génération il se trouvait certains parmi nous que la nature distinguait. C'était le plus souvent dès la petite enfance ou à la puberté, mais quelques-uns parfois dans la force de l'âge.
Conformation, inclinaison, répulsions, accident, fantaisie: ils se montraient rétifs ou foncièrement inaptes au sort commun; on les exonérait de devoir s'y soumettre mais il leur fallait en retour se consacrer aux services et aux cultes. On les en instruisait, les y éprouvait, afin qu'en vertu de leurs dispositions, ils s'adonnassent au mieux –pour notre providence– à telle ou telle liturgie. Ainsi, hommes et femmes, ils se dédiaient; plus de femmes que d'hommes d'ailleurs mais les uns comme tes autres, hommes et femmes, dans l'exacerbation de leur féminité. Les rares qui refusaient la dédicace ou tentaient de se soustraire à leurs obligations, étaient à leur choix bannis ou bien exécutés.
Chez nous, l'intelligence des commerces sacrés était intrinsèquement affaire féminine.
Dans la carnation hybride –divine, bestiale– qui est notre partage, la texture femelle, quel que soit le corps –masculin, féminin– où elle se déploie est si poreuse et irisable que les Dieux, d'évidence, empruntent pour nous visiter ce versant de notre être.
Nos dévots assistaient aux naissances, à la mort comme à tous les passages, aux souffrances et aux maux de toutes les espèces, célébraient les rites afférents, les mancies opportunes, initiaient les jeunes aux sciences, aux plaisirs et aux arts, s'attachaient au service des temples où ils avaient pour soin d'exalter la beauté, l'opulence et tous les ravissements.
C'étaient les couleurs, les lignes et les formes. Ils dessinaient sur le sol avant qu'on ne les construise, les plans de tous nos bâtiments et plus le royaume était riche en esclaves plus les édifices publics étaient majestueux. Ils sculptaient dans la pierre, dans le bois, les idoles et les frises, les modelaient, les moulaient dans la terre ; ils peignaient les statues, les murs, les façades, les plafonds et les toits, les parois des cavernes et le tronc des grands arbres. Ils détenaient les secrets des plantes, des minerais, des humeurs animales, savaient en exprimer l'esprit pour les médications, les onguents, les parfums et les préparations à boire et à mâcher qui ouvrent aux extases.
Lors de chaque fête ils accommodaient en délice les viandes et les récoltes. Nous nous en régalions à la suite des dieux.
Entrant dans le sacerdoce, nos dévots résolvaient de se déprendre; jusqu'à leur nom d'être dépossédés de tout. Ils embrassaient ce faisant un sort pire encore que celui de l'esclave car il est sans merci. Renoncer aux libéralités, aux honneurs, aux bonheurs grégaires autant que conjugaux, aux douceurs d'un foyer, aux tendres inclinations, à se prolonger dans une descendance, à la fierté de dire non, à sa simple gouverne; renoncer! Mais pas à la volupté surtout, surtout pas à la chair.

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