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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Patrick Da Silva: Anté

Anté - De l'instruction01/11/2011
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De l'instruction

A compter du jour ou il manifestait –de corps comme de verbe– une agilité suffisante, chaque enfant –fille ou garçon, issu d'esclaves ou d'homme libre– quittait sa famille pour entrer au séminaire.
Tous étaient élevés à la même discipline, sans distinction ni préséance mais filles et garçons séparés.
Si la garde, l'entretien et l'instruction des enfants appartenaient aux dévots, la charge d'en faire des hommes reposait sur chacun. Ainsi, les petits côtoyaient les adultes –hommes libres, esc1aves– dans les corvées, les travaux des champs, les fêtes, les rites, les préparations militaires. Chacun était instruit en toutes sciences –exceptées celles réservées aux temples– formé aux travaux nécessaires à la vie du royaume –tant aux corvées dévolues aux esclaves, qu'aux charges des hommes libres.
Selon ses dispositions, chacun pouvait pousser plus avant l'étude comme l'apprentissage; selon ses affinités, se perfectionner dans l'art du bois, celui de la pierre, ou le tissage, ou celui –sacré– des métaux.
Cela n'était pas encouragé, mais –tant que chacun se gardait intègre et digne– pas non plus prohibé: une fois admis au séminaire, on pouvait fréquenter ses parents.
On le pouvait mais comme n'importe quel adulte; si c'était plus, que ce ne soit qu'à peine. Les privautés étaient dissoutes. Célébré le rite de la séparation, entre les parents et leur progéniture, aucun droit, aucune obligation ne subsistait, toutes les créances étaient dévolues à l'état avec l'autorité.
Et puis il y avait les battues.
Des épreuves certes, afin, bien sûr, de nous aguerrir mais –des filles aussi, désignées par leurs maîtres, étaient de la partie– pas tant que de nous rassasier, nous assouvir d'enfance.
Le sort, qui chez nous tranchait de la fortune, nous constituait ou gibier ou chasseur. Les chasseurs, toujours, devaient être sur le gibier en retard d'un soleil.
Et tout ce jour durant –un devant un derrière– deux hommes nous conduisaient. Le gibier avançait en meute à travers la forêt. Nous marchions; sans nous disperser nous courions sur la trace du guide; le soir venu, avec son compère, brusquement, il s'était éclipsé.
Nous avions dix ans, un de plus, un de moins; nous étions pour de bon perdus au fond des bois. Retrouver son chemin, rentrer sans se faire prendre! Le salut alors c'était chacun pour soi ou par deux tout au plus; les filles le plus souvent voulaient s'acoquiner. Il fallait disparaître, laisser passer la horde ou alors la tromper, la perde si possible; c'était plusieurs nuits dehors à la file.
Certains choisissaient les fourrés, les creux, les recoins, les entrelacs de buissons, de racines; d'aucuns s'immisçaient –c'était à leur péril– dans les bauges et les tanières, les terriers; d'autres se les creusaient, s'enfouissaient, s'ensevelissaient même sous les feuilles, dans la terre. Quelques-uns optaient pour les hauteurs.
Celle des arbres surtout, on s'y cache très bien pour peu qu'on grimpe haut ; mais là, pas question de dormir, même bien assuré, calé entre les branches, il fait beaucoup trop froid; mais là, tous les bruits vous arrivent, par bouffées les odeurs que jamais la nuit, aussi fraîche soit-elle, ne fige tout à fait; mais là, on se tient aux aguets sous l'une ou l'autre étoile, on veille sur le monde comme elles veillent sur nous, on voit venir de loin; mais là, les clartés de plein fouet vous atteignent –les étoiles, la lune s'il y en a– celles qui en vous surgissent; le jour d'abord.
On l'attend; dans les cimes, effronté, impatient, on le hâte d'un souffle, on le reçoit avec l’aménité des dieux.
Passée la puberté, la probation et le grand rite, tous les enfants devenaient hommes libres.

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