1, montée du Portal - 06390 Coaraze
Accueil Recherche Votre panier Valider votre commande Conditions de vente Nous contacter
Les librairies partenaires
Votre compte client
Pour accéder à votre compte, veuillez vous identifier :
E-mail :
Mot de passe :
Pour recevoir notre lettre d'information
e-mail :
Vers le site Compoir du livre SPE

Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Claude Held: l’usage de la parole

le jockey perdu21/01/2010
le jockey perdu
Prix : 0,00
Quantité :
 

le jockey perdu


(loin de la pelouse et des tribunes, entre des rangées d’arbres irréels, sur un terrain plat couvert de neige, passe un cavalier à la casaque blanche, debout sur ses étriers)



Il est seul. Il circule de la droite vers la gauche.
On sait que sur une carte l’est est situé à droite et l’ouest à gauche. Il se déplace donc dans le même sens que le soleil. Ce qui permet de gagner du temps.
Le bruit court: le jockey ne serait pas dans son assiette... il n’y serait pas allé avec le dos de la cuillère... il aurait, par des spéculations hasardeuses en Bourse, fait monter le cours de la cravache... elle serait inaccessible.
Or, la cravache est nécessaire. Elle concourt à l’harmonie de notre société. Elle soulage. Celui qui a été cravaché cravachera. On trouve toujours un plus petit que soi, un fils de pute à cravacher. Et quand on n’a pas de fils sous la main, on cravache le cheval.
Le cheval est un mammifère ongulé à crinière plus grand que l’âne et plus grand que l’homme. Il vient de l’éocène. Il a commencé par brouter des feuilles. Il faut bien commencer par faire quelque chose. Puis il a brouté de plus en plus haut et ça l’a fait grandir, comme la girafe, mais avec un cou moins long que celui de la girafe.
Le jockey n’aurait jamais eu l’idée de grimper sur une girafe. Il aurait fallu d’abord inventer l’échelle.
Sans le cheval il n’y aurait pas eu de chevalier. Le chevalier est le descendant du cheval. Sans le cheval il n’y aurait pas eu les croisades. Ni le P.M.U.
Le jockey voudrait gagner. C’est humain. Il voudrait gagner un point de l’espace et contempler, depuis ce point, le chemin parcouru. Il verrait alors ce qu’il a gagné et ce qu’il a perdu.
Il aimerait se gratter la tête pour réfléchir, mais il ne peut lâcher ni le cheval ni la cravache. Il lui faudrait une troisième main. C’est le drame.
Le premier cheval mesurait à peine trente centimètres. Il possédait trois doigts au pied arrière et quatre au pied avant. Avec autant de doigts il aurait pu tenir une cravache et, muni de la cravache, il aurait pu grimper sur le jockey. Mais il n’était pas assez dégourdi. C’est le drame.

Site e-commerce par Raynette.