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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Fabio Scotto

Se dire en public01/12/2009
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Se dire en public

Il m’arrive souvent de lire en public mes textes et de réfléchir a posteriori à ce que cela déclenche en moi et chez ceux qui m’entendent. En effet, le moment de la lecture est à mes yeux une phase essentielle de la vie du texte, voire de son écriture. D’abord, l’oralité de l’écrit demeure potentielle si la voix n’en marque pas physiquement les accents: le vers  n’est pas prorsus, il va à la ligne, et même la prose cache des longueurs métriques, parfois des rimes intérieures que seule l’expiration verbale du dit semble capable d’articuler au sens propre. Pourtant que d’indicible dans tout ce qu’on dit!
Les mots se plient, se tordent et s’enchevêtrent, les unes sur les autres, les unes dans les autres, dialogues et agglutinations de phonèmes dont le sens ne préexiste jamais, tellement il nécessite d’un espace qui le constitue comme rythme mental et respiratoire. Néanmoins, la matière verbale de tout ce non-savoir possède un volume que l’articulation permet de mesurer uniquement après coup, quand le verbe quitte la bouche pour voyager dans l’air vers l’oreille d’un/e autre à l’écoute. C’est à ce moment-là que le tu se dénude et va vers ce qu’il ignore et dont il pressentait la présence depuis toujours. D’ailleurs, il s’écoute vibrer en lui-même, sorte de résonance d’un dedans qui se vide; ensuite il mesure la vasteté du silence entre les mots, quand la parole a définitivement quitté sa bouche pour se perdre en l’air autour de lui avec un bruit sourd comme celui d’un pas sur une dalle, ou bien la note d’un violon aux cordes cassées.
Et le spectateur? Il, ou plutôt elle (les femmes sont toujours plus nombreuses aux lectures, la poésie est surtout pour elles, ce qui vaut bien cette tmèse) s’est assise en face de moi, ou bien sur les fauteuils d’un théâtre ou sur marches d’une petite librairie poussiéreuse, parfois elle se cache derrière un arbre, en plein air, à l’ombre des feuillages. Elle me regarde arriver, je dépose mes affaires sur la chaise à côté, je sors mes lunettes et mes livres que j’ouvre à la page choisie pour commencer avec un frisson d’angoisse et de désir. Après quoi la voix commence − et à chaque fois je me demande si c’est moi ou un autre habitant ma gorge −, sa danse émue sur les chemins d’encre des pages, parfois en chuchotant, parfois en criant presque, car des mots frappent fort à la porte de la conscience. Elle boit le temps entier de sa durée, se laisse parcourir par la voix qui entre et se fraie une voie parmi les ombres des lampes ou des chaises, elle devient le prolongement vibratoire de ma phrase maintenant déjà en elle, dans le secret des son ventre, d’où elle vient, auquel elle fait retour. Elle ne veut pas blesser, pourtant elle blesse, elle ne veut pas la faire pleurer, mais parfois elle pleurt, le tout dans un temps suspendu qui nous invente un lieu d’air que les mots tracent dans l’espace invisible du jour et à cette heure-là, tandis qu’ici on meurt à deux sans savoir pourquoi, certains courent vers une banque, d’autres jouent aux cartes, d’autres encore s’aiment hâtivement au fond des escaliers, se tuent pour un bout de pain à la lisière d’une forêt….
Mais tout cela sera après.
Maintenant la voix est là, elle naît de nous deux qui sommes son lieu, elle ne serait pas sans toi qui lui donnes sens, qui en fais quelque chose de si proche de l’amour.
© Fabio Scotto.

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