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Les Feuilletons de l'Amourier > Feuilletons de Jean-Luc Coudray

La Démangeaison16/11/2009
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Il y a deux appréhensions possibles du sacré: le fini et l’infini. Le fini, ce sont les lieux clos, comme les églises, les temples, mais aussi l’intérieur d’une maison qui définit le sacré d’une vie privée, ou le corps humain dont l’intérieur, sacré, est défendu par la déclaration des droits de l’homme ou la douleur physique. L’infini, c’est la saisie du monde dans sa totalité, en tant qu’être universel.
Mais, entre les deux, il y a l’indéfini. C’est le profane. La rue n’est ni finie, ni infinie. C’est un espace sans limite mais sans globalité.
La publicité attaque le sacré dans ses deux dimensions. Dans sa dimension finie, en pénétrant les espaces clos, comme ma maison, qui ne peut défendre sa boîte aux lettres contre les prospectus publicitaires, ma conscience, qui subit l’intrusion sonore des publicités dans les magasins, à la radio. Dans sa dimension infinie, en empêchant le regard global. C’est dans la rue ou ma vision contemplative est encombrée par les panneaux lumineux et déroulants, m’interdisant cette réception totale, esthétique, d’un environnement.
J’aimerais distinguer le tracas du malheur. Un malheur important, comme la perte d’un être cher, nous occasionne une douleur mais non un conflit. C’est nous, tout entier, qui sommes affectés. Notre unité n’est pas remise en cause. Un tracas n’est pas suffisant pour nous atteindre entièrement. Il vient titiller une petite partie de nous-mêmes. Il gêne notre unité, nous divise, crée un conflit. Ainsi, d’un certain point de vue, le tracas est pire que le malheur.
La publicité relève du tracas. Elle gâche une vie heureuse là où le malheur l’approfondit. Elle est cette source d’agacement qui mène à la folie, quand la vraie souffrance est une occasion de vérité. Elle est le gnome qui vient nous pincer les orteils en permanence, nous empêchant de respirer, de dormir et de penser.
La souffrance, qui fait partie de la vie, n’en entame pas la dimension sacrée. Nous pouvons pleurer dans une église sans que cette effusion ne gêne notre prière. Par contre, un moustique dans un temple empêchera toute méditation.
Les grandes douleurs sont muettes. Les petites parlent et nous empêchent de vivre. Notre monde a inventé les douleurs sans ambition, les chatouilles, les picotements, les dérangements.
Le “Président Schreber”, grand psychotique et paranoïaque, souffrait de ces agacements. Les voix dans sa tête, les petits personnages qui pénétraient son corps, les chuchotements qui l’accompagnaient, tout cela prenait la forme d’un prurit qui jetait au tapis toute possibilité de sacré.
La dimension profane de notre monde se déploie dans cette profusion d’irritations. Sur internet, impossible de consulter une page sans être agressé par des images animées, des mouvements inutiles, des animations obsédantes. Notre société nous impose un univers psychotique, envahi de virus clignotants, qui nous barrent l’accès au paysage et à nous-mêmes.
L’intrusion répétée des petites gênes gâche le sacré du bonheur et du malheur. Nous sommes réduits à une démangeaison profane.

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