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Approches critiques > Au fil des notes

DemainPatrick Da Silva
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Note de Marie-Jo Freixe

L'Amourier éditions
 

Demain? dans l’attente donc… Deux récits d’agonie. Deux textes qui marchent ensemble. L’épilogue convient à l’un comme à l’autre. Au titre du premier Va-t-en répond le "Je ne partirai pas" final du second. Le refus d’échange avec l’autre se pose d’emblée : les échanges verbaux se limitent au strict nécessaire du quotidien dans le premier, dans le second le détenu isolé peut et doit écrire : "Soit ! J’écris. Considérez que ce n’est pas à vous".

Dans le premier, les voix se mêlent: celle du narrateur, celle du mourant, celle de qui accompagne. Là où l’on attendrait compassion, amour, se lit la haine. Dans la remontée des souvenirs les portraits d’une famille se dessinent pour graviter autour de celui d’un père autrefois tyrannique, ancien militaire des corps expéditionnaires, revenu en son monde rural. Après vingt ans d’absence, c’est le retour d’une fille pour assister un père moribond qu’elle a soustrait à l’hôpital… mourir chez soi, entouré de l’affection des siens? La formule ne convient guère ici. Si le père a demandé à sa fille d’abréger ses souffrances "alors tu feras ce qu’il faut ma fille" celle-ci accomplira le geste… De quelle manière? et en quelle manière? Pour venger une mère? Pour reconquérir un père, dieu déchu. Après la liste de ressentiments, de comptes à régler tandis que se construit dans une langue simple, précise, presque naturaliste un personnage de femme farouche, brutale, proche des bêtes et éloignée des hommes, la dernière page répond par la lente évocation d’un geste des plus simples et d’une haine qui bascule en son autre visage. Alors le "Va-t-en" du titre n’est plus celui d’un rejet, mais celui d’une séparation inéluctable accompagnée d’un cri d’amour.

Pas à vous ne donne à entendre qu’une voix, celle du détenu qui se donne comme un roi déchu, un tyran peut-être, dont le peuple a demandé la tête. Dans l’attente du châtiment il est isolé, emmuré dans un cachot qui préfigure déjà le tombeau. Ni les temps ni les lieux ne sont précisés. Tout aussi énigmatique la figure féminine, celle qui accomplit là encore les gestes simples du quotidien de l’accompagnement, sans prononcer une parole ni pour répondre à ce qui est écrit ni à l’invective verbale, à la haine ou l’amour proférés, à l’exception d’une phrase par laquelle tout se noue et dénoue: "ma vie maintenant c’est la vôtre; Dieu nous garde". Les contours du personnage ne s’établissent que partant des hypothèses  du condamné. Nous ne savons pas si nous sommes dans le fantasme ou dans le réel, piste de lecture qui se confortera et s’autodétruira immédiatement dans les dernières pages: "Je veux me dire que j’ai rêvé, que c’est en moi, tout ça comme le reste; mais ça n’est pas un rêve, ça ; ça, ça n’est pas en moi". Très tôt dans le récit c’est au divin que  le discours s’adresse pour la révolte, la rébellion contre son ordre. Dieu n’est pas absent et la femme semble en être le médium. Le recours fréquent à l’alexandrin jusque et y compris dans ce qui est narratif confère au texte une solennité, un souffle, une intensité dramatique auquel le lecteur ne peut se soustraire.
Si les deux récits s’accompagnent jusqu’à fusionner dans un épilogue commun c’est qu’ils se répondent point par point : le premier dit les choses simplement en apparence, le second les projette dans une autre dimension, celle d’un imaginaire plus fort où le temps s’abolit, où la souffrance s’inscrit dans l’éternité où la parole du roi déchu est peut-être celle du moribond des premières pages, voix d’outre-tombe. Risquons une interprétation qui ne lèverait pas le trouble  que génère le récit de Patrick Da Silva: et si l’on fusionnait les deux figures de femme dans celle d’une double allégorie : Mort et Vie enlacées? Au centre, écartelé l’homme, jeté dans l’interminable de ce qui ne saurait finir: "Maintenant que je sais, il me faut tout reprendre" ce à quoi l’épilogue répond:  "Qu’il s’obstine, qu’il reste, qu’il reste encore, qu’il reste ainsi dans les mots qui tombent de sa bouche, aujourd’hui et demain, pour la gloire de Dieu à combattre, à l’aimer!"

Hors du temps, seuls l’encre et le papier semblent survivre… obstination, obstination dans l’écriture donc!

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