1, montée du Portal - 06390 Coaraze
Accueil Recherche Votre panier Valider votre commande Conditions de vente Nous contacter
Les librairies partenaires
Votre compte client
Pour accéder à votre compte, veuillez vous identifier :
E-mail :
Mot de passe :
Pour recevoir notre lettre d'information
e-mail :
Vers le site Compoir du livre SPE

Approches critiques > Au fil des notes

Baltiques, (œuvres complètes 1954-2004)Tomas Tranströmer
Prix : 0,00
Quantité :
Note d’Alain Freixe

Poésie/Galllimard
Traduit du suédois et préfacé par Jacques Outin
 

Dans le très beau numéro que la revue Europe consacrait au philosophe Jacques Derrida en mai 2004 – quelques mois avant sa mort – celui-ci disait à Evelyne Grossman qui l’interrogeait sur la vérité blessante propre à tout acte d’interprétation ceci :  “ traduire, c’est perdre le corps. La traduction la plus fidèle est une violence : on perd le corps du poème ”.Et certes, mais on gagne aussi un poète (1), soit quelqu’un qui ne se contente pas de venir avec des mots, alourdis de significations figées – comme tant d’hommes de ce temps misérable – mais avec un langage soit un acte de parole où la langue se trouve remuée, retournée, mise à mal parfois mais amoureusement toujours, un langage comme ces “ traces de pattes d’un cerf dans la neige ” sur lesquelles tombe le poète un jour de grand écart.
Tomas Tranströmer est né à Stockholm en 1931. Ce suédois, par ailleurs grand voyageur, est l’homme d’un espace et d’un temps , il est d’ici et de maintenant, pris dans le mystère des signes, la présence massive et têtue des choses, l’ombre portée des actes des hommes. Poète, il se débat en plein réel au moyen de l’image qu’il n’utilise jamais comme le double fantômatique des choses, mais comme le procès qui permet à l’homme de se situer dans le monde parmi les choses, les cercles dans lesquels elles trouvent à se répartir et qui chez lui interfèrent : la ville et la forêt par exemple, ces deux données de la réalité suédoise :
“ Le ciel éclatant s’incline contre la muraille.
C’est comme une prière qu’on adresse au vide.
Et le vide tourne son visage vers nous
Et murmure :
“ Je ne suis pas vide, je suis ouvert ”.

On comprend que Tomas Tranströmer ait été conduit tout naturellement à la pratique du haïku, cette forme brève japonaise qui s’efforce non d’habiller le monde d’images et de figures mais de le laisser être sans peser sur lui du bout de quelques mots. Mots poreux – véritables puits artésiens – par où remonte le “ ah ! ” des choses quand, étonnées, elles surgissent comme elles sont dans leurs rapports mutuels :
“ On marche longtemps et on écoute et on arrive à un moment
où les frontières s’ouvrent
ou plutôt
où tout devient frontière ”
La lecture des haïkus de Tomas Tranströmer transporte entre les choses, là où c’est la chair du monde qui palpite entre diastole et systole. Son énigme. Ce silence tout vibrant d’intensité. Cela qui nous faut !

(1)Saluons à ce propos Le Castor astral – Et à travers lui les petites maisons d’édition dans leur rôle irremplaçable de passeur de littérature vivante ! – qui dès 1966 s’est attaché à publier ses œuvres. Signalons que si les haïkus de La grande énigme sont bien repris dans Baltiques, Les souvenirs m’observent restent disponibles au Castor astral.

Site e-commerce par Raynette.